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Courbe des taux : ce qu’elle dit et ne dit pas à l’investisseur

Photo du rédacteur: Paul Constantinescu
Paul Constantinescu
il y a 11 minutes
5 min de lecture

Une courbe des taux ressemble à un graphique simple : des échéances sur l’axe horizontal et des rendements sur l’axe vertical. Pourtant, elle concentre plusieurs forces à la fois, notamment les taux à court terme, les attentes, l’inflation, la prime exigée pour immobiliser l’argent plus longtemps et l’offre et la demande de titres.


Dans la Science de l’investissement, je ne cherche pas à transformer ce graphique en boule de cristal. Je cherche à comprendre ce qu’il mesure, ce qu’il peut changer dans un portefeuille obligataire et quelles décisions restent liées aux objectifs de l’investisseur plutôt qu’à une prévision économique.


La courbe compare des rendements à différentes échéances

Prenons des obligations d’un même émetteur, comme le gouvernement du Canada, afin de réduire les différences de risque de crédit. On peut alors comparer le rendement d’un titre à court terme avec celui d’un titre à cinq, dix ou trente ans. Chaque point de la courbe représente un horizon différent.


La Banque du Canada publie des rendements d’obligations de référence calculés à partir de la moyenne des cours acheteur et vendeur à la clôture. Elle diffuse aussi des courbes coupon zéro couvrant des échéances de 0,25 à 30 ans. Ces données décrivent le marché à un moment donné. Elles ne constituent pas une promesse de rendement futur pour un fonds ou un portefeuille précis.


Trois formes courantes

Une courbe dite normale monte généralement avec l’échéance. Les titres à long terme offrent alors un rendement supérieur aux titres à court terme. Cela peut refléter l’incertitude, le risque de taux et la compensation demandée pour prêter plus longtemps.


Une courbe plate affiche des rendements proches sur plusieurs échéances. La rémunération supplémentaire pour allonger l’horizon est alors faible. Une courbe inversée descend : certains taux courts dépassent les taux longs. Cette forme attire beaucoup d’attention parce qu’elle peut refléter des attentes de baisse future des taux ou de ralentissement économique.


Ces étiquettes simplifient la réalité. Une courbe peut être montante sur une partie, plate sur une autre et présenter une bosse au milieu. Sa forme évolue aussi avec les prix. Lorsqu’un titre est fortement demandé, son prix peut monter et son rendement baisser.


Une inversion n’est pas une consigne de transaction

Une courbe inversée a parfois précédé des ralentissements. Cela ne transforme pas son observation en calendrier fiable pour vendre des actions, acheter des obligations longues ou rester en liquidités. Le délai, l’ampleur et le contexte changent. D’autres facteurs peuvent aussi influencer les rendements, dont les primes de terme, la politique monétaire et les besoins de financement du gouvernement.


Même une interprétation économique correcte peut mener à une mauvaise opération si elle arrive trop tôt, si les coûts sont élevés ou si le portefeuille n’est plus aligné sur les besoins de liquidités. Observer un signal et savoir en tirer une décision rentable sont deux choses différentes.


Exemple hypothétique : une pente positive

Supposons qu’une obligation gouvernementale à deux ans offre 3,0 % et qu’une obligation à dix ans offre 4,0 %. L’écart est d’un point de pourcentage. L’investisseur à long terme ne reçoit toutefois pas gratuitement ce rendement supplémentaire. Le prix de l’obligation à dix ans sera généralement plus sensible à une variation des taux et l’argent reste exposé plus longtemps aux changements de marché.


Si les taux montent après l’achat, la valeur de marché du titre long peut baisser davantage que celle du titre court. Si les taux diminuent, le titre long peut au contraire profiter davantage de la baisse. Le rendement initial, la durée, le prix payé et l’horizon doivent être lus ensemble.


Ce que la courbe peut réellement aider à décider

Premièrement, elle aide à voir la rémunération offerte pour différentes échéances. Si l’écart entre deux et dix ans est faible, l’investisseur peut se demander s’il reçoit assez pour accepter une sensibilité plus grande aux taux. La réponse dépend toutefois du rôle du titre, pas seulement de l’écart affiché.


Deuxièmement, elle peut soutenir l’appariement entre les échéances et les dépenses. Une somme nécessaire dans deux ans n’a pas le même horizon qu’un besoin prévu dans quinze ans. L’échéance des obligations peut être organisée autour des décaissements attendus plutôt qu’autour d’une prévision de taux.


Troisièmement, elle rend visible le compromis entre risque de taux et risque de réinvestissement. Des échéances courtes réduisent souvent la sensibilité du prix, mais obligent à réinvestir plus tôt. Des échéances longues fixent un rendement plus longtemps, mais peuvent fluctuer davantage avant l’échéance.


Obligation individuelle et fonds obligataire

Une obligation individuelle détenue jusqu’à l’échéance comporte une date de remboursement prévue, sous réserve du risque de crédit et des modalités du titre. Un fonds obligataire renouvelle continuellement ses positions et n’a pas une seule échéance pour l’ensemble du portefeuille. Sa valeur liquidative évolue avec les taux, les écarts de crédit, les coupons et les transactions du fonds.


Cette différence explique pourquoi la courbe ne s’applique pas de la même manière à chaque véhicule. Pour comparer les mécanismes, consultez obligations individuelles ou fonds obligataire. Pour comprendre la sensibilité aux taux, voyez aussi notre explication de la durée obligataire.


Cinq questions avant d’agir

Quel besoin l’obligation doit-elle financer? À quelle date l’argent sera-t-il utilisé? Quelle baisse temporaire de valeur pouvez-vous accepter? Quel risque de crédit accompagne le rendement? Et que ferez-vous lorsque les coupons ou le capital devront être réinvestis?


Ces questions sont moins spectaculaires qu’une prévision sur la prochaine décision de la banque centrale. Elles sont aussi plus proches de ce que l’investisseur peut contrôler. Une politique de placement claire peut préciser les fourchettes de durée, la qualité de crédit, les besoins de liquidités et les règles de rééquilibrage avant que les manchettes ne créent de l’urgence.


Ce que la courbe ne montre pas

La courbe du gouvernement du Canada ne montre pas directement les frais d’un fonds, l’impôt applicable au compte, le risque de défaut d’une entreprise, l’écart acheteur-vendeur, la capacité de l’investisseur à tolérer une baisse ni la place du titre dans le portefeuille complet.


Elle ne remplace pas non plus le rendement à échéance d’une obligation précise. Le ministère des Finances du Canada explique que ce rendement correspond au taux qui égalise la valeur actuelle des flux de l’obligation avec son prix de marché. Le coupon, le prix et l’échéance contribuent donc ensemble au calcul.


Pour revoir ces distinctions, lisez coupon, rendement courant et rendement à échéance. La page technique du ministère des Finances présente le calcul officiel du prix et du rendement des titres du gouvernement du Canada.


Comprendre avant de prévoir

Une courbe des taux est un langage du marché, pas un ordre. Je préfère l’utiliser pour tester la cohérence entre l’horizon, les échéances et le risque plutôt que pour deviner le prochain mouvement. C’est l’esprit de la Science de l’investissement : comprendre les mécanismes, garder les coûts visibles et appliquer une discipline liée aux objectifs.


Pour relier cette analyse à votre portefeuille et à vos projets, communiquez avec Financière 360 ou découvrez le parcours de Paul Constantinescu, Pl. Fin.


Cet article est éducatif. Il ne recommande ni une obligation, ni une échéance, ni une opération de marché. Les rendements, les prix et la forme de la courbe changent, et tout placement comporte des risques et des coûts.


 
 
 

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