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Manœuvre Smith : pourquoi refinancer ne rend pas l’intérêt déductible

Photo du rédacteur: Paul Constantinescu
Paul Constantinescu
2 oct.
5 min de lecture

Une idée fausse revient souvent au sujet de la manœuvre Smith : dès qu’une marge de crédit est garantie par la maison, l’intérêt deviendrait déductible. Ce n’est pas ainsi que les règles fonctionnent. La garantie, le nom du produit ou le fait de refinancer ne suffisent pas.


La question fiscale centrale est l’utilisation de l’argent emprunté. Pour une stratégie à effet de levier, cette distinction doit être comprise avant le premier retrait, puis documentée pendant toute la durée du plan.


La garantie ne détermine pas la déduction


Une hypothèque ou une marge adossée à la valeur de la maison peut financer une dépense personnelle, un placement ou une combinaison des deux. Le fait que la résidence garantisse la dette ne transforme pas l’usage des fonds.


Le folio S3-F6-C1 de l’Agence du revenu du Canada explique que l’analyse porte notamment sur l’utilisation directe de l’argent emprunté. Autrement dit, il faut pouvoir relier l’emprunt à une utilisation admissible visant à tirer un revenu d’une entreprise ou d’un bien, sous réserve des conditions et exclusions applicables.


Refinancer ne change pas rétroactivement l’usage initial


Si une somme empruntée sert à payer des vacances, une voiture personnelle ou des dépenses quotidiennes, le refinancement de cette dette dans une marge garantie ne transforme pas l’usage personnel en usage de placement. Ce qui compte est la destination réelle des fonds.


Inversement, une tranche de crédit clairement séparée, utilisée directement pour acquérir des placements non enregistrés choisis avec l’intention requise de produire un revenu, peut faire partie d’une analyse de déductibilité. Le mot peut est important. La situation doit respecter toutes les règles et être validée selon les faits.


La traçabilité est une discipline, pas un détail


Pour établir le lien entre l’emprunt et le placement, les mouvements d’argent doivent être faciles à suivre. Plus les fonds personnels et les fonds de placement circulent dans les mêmes comptes, plus l’analyse devient complexe.


  • Utiliser une sous-marge ou un compte d’emprunt distinct pour les sommes destinées aux placements.

  • Transférer les fonds directement vers le compte de placement lorsque c’est possible.

  • Conserver les relevés du prêteur, du compte bancaire et du compte de placement.

  • Documenter chaque retrait, achat, vente, distribution et remboursement.

  • Éviter les retraits personnels dans la même tranche de crédit.


Notre article sur les documents et la traçabilité des fonds empruntés propose une structure de dossier. Cette organisation ne garantit pas une déduction, mais elle permet au fiscaliste d’analyser les faits.


Pourquoi mélanger les usages pose problème


L’ARC précise que lorsqu’un seul compte d’emprunt sert à des fins admissibles et non admissibles, certaines méthodes de lien souple ne peuvent pas être utilisées pour attribuer arbitrairement les remboursements. Le solde devient plus difficile à suivre au fil des retraits, remboursements et nouveaux achats.


Exemple hypothétique : une personne retire 40 000 $ pour investir, puis 10 000 $ du même compte pour rénover sa cuisine. Elle rembourse ensuite 8 000 $. Elle ne devrait pas simplement déclarer que le remboursement visait uniquement la portion personnelle. L’attribution fiscale dépend des règles et des faits. Un fiscaliste devrait valider le calcul.


Un placement dans un compte enregistré change l’analyse


L’utilisation des fonds empruntés dans un CELI ou un REER ne donne généralement pas lieu à la même déduction d’intérêts que l’acquisition directe de placements non enregistrés visant un revenu imposable. La structure doit donc être examinée avant de transférer l’argent.


Voyez l’explication détaillée sur les fonds empruntés dans un CELI ou un REER.


Le Québec ajoute une limite importante


Au Québec, la ligne 231 de Revenu Québec vise notamment les frais financiers et les intérêts engagés pour gagner un revenu de placement. Revenu Québec indique aussi qu’un rajustement des frais de placement peut être requis.


La règle québécoise peut limiter la déduction des frais de placement au montant des revenus de placement pour l’année, avec mécanismes de report selon les règles applicables. La ligne 260 de Revenu Québec présente ce rajustement. Une déduction fédérale possible ne signifie donc pas automatiquement que le traitement provincial sera identique la même année.


La déductibilité ne rend pas la stratégie prudente


Même lorsqu’un intérêt est déductible, il reste payé. La déduction réduit potentiellement le coût après impôt, mais elle ne l’efface pas. Elle ne protège pas non plus contre une baisse des placements, une hausse des taux, une perte de revenu ou une vente forcée.


L’Organisme canadien de réglementation des investissements rappelle qu’emprunter pour investir augmente le risque et que les pertes peuvent dépasser celles d’une stratégie financée comptant. Le placement peut baisser alors que la dette et les intérêts demeurent.


Exemple hypothétique de coût après impôt


Supposons une dette de placement de 100 000 $ à 6 %, soit 6 000 $ d’intérêts annuels. Si toutes les conditions de déductibilité sont respectées et qu’une économie d’impôt de 2 400 $ en résulte, le coût net demeure 3 600 $. Si les placements baissent de 15 %, la dette reste 100 000 $ et les intérêts continuent. Cet exemple simplifié n’est ni une prévision ni un calcul applicable à une personne précise.


Questions à régler avant de refinancer


  • Quelle part du crédit servira exclusivement à une utilisation de placement admissible?

  • Les comptes et sous-comptes permettent-ils une traçabilité complète?

  • Le placement est-il non enregistré et choisi dans une intention de produire un revenu au sens fiscal?

  • Que se passe-t-il si les taux montent ou si le portefeuille baisse fortement?

  • Le ménage peut-il payer les intérêts sans vendre dans un mauvais marché?

  • Le traitement fédéral et le rajustement québécois ont-ils été validés par un fiscaliste?

  • Qui conservera les documents et mettra à jour le suivi après chaque transaction?


Un test de résistance de la manœuvre Smith permet de chiffrer les scénarios difficiles. Si un placement financé est vendu, la destination du produit de vente doit aussi être suivie, comme l’explique notre article sur la vente d’un placement financé par emprunt.


Une stratégie spécialisée qui exige de la coordination


La manœuvre Smith n’est pas une simple conversion automatique d’intérêts hypothécaires. C’est une stratégie de levier qui combine crédit, placement, fiscalité, comportement et tenue de dossiers. Elle ne convient pas à tout le monde.


Je suis Paul Constantinescu, Pl. Fin., Certified Smith Manoeuvre Professional. Ce titre ne garantit aucun résultat et ne remplace pas l’analyse de convenance. La mise en œuvre devrait être coordonnée avec les professionnels financiers, fiscaux et juridiques appropriés. Pour discuter du rôle possible de cette stratégie dans un plan global, vous pouvez communiquer avec Financière 360.


Cet article est fourni à des fins éducatives. Il ne constitue pas un avis fiscal, juridique, hypothécaire ou de placement. Les règles et leur application dépendent des faits de chaque dossier.

 
 
 

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