Risque de séquence à la retraite : quand l’ordre des rendements change tout

Avant la retraite, une baisse des marchés peut être inconfortable. Au début du décaissement, elle peut aussi modifier durablement la trajectoire du portefeuille, parce que vous retirez de l’argent pendant que sa valeur est réduite. C’est le risque de séquence des rendements.
Ce risque ne signifie pas qu’il faut prévoir la prochaine baisse. Il signifie qu’un plan de retraite doit être capable de traverser plusieurs ordres possibles de rendements.
Pourquoi la moyenne ne raconte pas toute l’histoire
Quand il n’y a aucun retrait, l’ordre de trois rendements ne change pas le résultat composé. Avec des retraits, l’ordre compte. Une perte au début oblige à vendre une plus grande proportion du portefeuille pour financer la même dépense, laissant moins de capital participer à une reprise éventuelle.
Exemple hypothétique : mêmes rendements, ordre différent
Prenons un portefeuille de 500 000 $ et des retraits de 25 000 $ à la fin de chaque année. Ignorons l’impôt, les frais et l’inflation afin d’isoler le mécanisme.
Séquence A : rendement de moins 20 %, puis plus 10 %, puis plus 15 %. Après les trois retraits, il reste environ 420 625 $.
Séquence B : rendement de plus 15 %, puis plus 10 %, puis moins 20 %. Après les mêmes retraits, il reste environ 439 000 $.
Les trois rendements sont identiques et leur rendement composé total est le même. Pourtant, l’écart final est d’environ 18 375 $, uniquement parce que la baisse est survenue plus tôt dans la première séquence.
Trois années ne suffisent évidemment pas à modéliser une retraite. Cet exemple simplifié montre seulement pourquoi une moyenne de rendement ne suffit pas pour tester un plan de retraits.
Les premières années méritent une attention particulière
Une personne proche de la retraite a moins de temps pour attendre avant d’utiliser une partie de son épargne. Le gouvernement du Canada souligne que les personnes ayant besoin de fonds à court terme, notamment celles qui approchent de la retraite, peuvent être davantage touchées par la volatilité des marchés.
Le problème n’est donc pas seulement la fluctuation. C’est la rencontre entre trois éléments : une baisse, un besoin de liquidités et l’obligation de vendre.
Six leviers à examiner
Définir les dépenses essentielles et celles qui peuvent être reportées ou réduites temporairement.
Conserver des liquidités adaptées aux retraits rapprochés, sans transformer tout le portefeuille en encaisse.
Diversifier les sources de revenu entre rentes publiques, régime d’employeur, retraits de comptes et autres revenus.
Ajuster la répartition d’actifs à l’horizon, à la tolérance et à la capacité réelle de supporter une baisse.
Établir une règle de retrait et de révision plutôt que décider sous pression chaque mois.
Tester plusieurs scénarios, dont une baisse précoce, une inflation persistante et une vie plus longue que prévu.
Ces leviers comportent des compromis. Plus de liquidités peut réduire la volatilité à court terme, mais aussi le potentiel de croissance. Réduire les retraits protège le capital, mais peut limiter les projets. Acheter une rente peut sécuriser une partie du revenu, mais réduit généralement la liquidité et dépend des options choisies.
Le revenu garanti peut-il aider?
Les rentes publiques, les régimes de retraite et certaines rentes viagères peuvent couvrir une partie des dépenses régulières sans exiger de vente de placements au mauvais moment. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada explique qu’une rente viagère fournit un revenu garanti à vie, tout en présentant des coûts, des restrictions et des choix successoraux à évaluer.
Ce n’est pas une réponse universelle. Une personne qui possède déjà suffisamment de revenus réguliers peut valoriser davantage la flexibilité. Une autre peut préférer sécuriser une partie de ses dépenses essentielles. Le bon équilibre dépend de ce que le revenu doit accomplir.
Et le FERR?
Un fonds enregistré de revenu de retraite impose un paiement minimum à compter de l’année suivant sa mise en place. L’ARC précise que les revenus demeurent à l’abri de l’impôt dans le FERR, tandis que les montants reçus sont imposables. Cette obligation de retrait doit être intégrée au calendrier de décaissement, au lieu d’être traitée séparément.
Pour comparer les comptes dans une stratégie annuelle, consultez REER, CELI ou non enregistré : quoi retirer en premier à la retraite?
Relier le portefeuille à la vie
Le risque de séquence devient plus clair lorsqu’on part du budget réel. Quelles dépenses sont essentielles? Quels projets sont importants au début de la retraite? Quelle marge permettrait de traverser une mauvaise période sans abandonner ce qui compte?
Notre article Budget de retraite : partir de votre vie, pas d’un pourcentage aide à bâtir cette base.
La Science de l’investissement nous invite à concevoir des règles disciplinées face à l’incertitude. La Route de la Prospérité™ ajoute la question centrale : quelle vie cette discipline doit-elle soutenir?
Sources et limites
Lisez le rappel du gouvernement du Canada sur la volatilité et les besoins rapprochés.
Consultez aussi les règles de l’Agence du revenu du Canada sur le FERR.
Les projections de retraite reposent sur des hypothèses et ne garantissent aucun résultat. Les retraits, l’impôt, l’inflation, les frais, la longévité et le rendement réel doivent être évalués ensemble. Ce texte est éducatif et ne constitue pas une recommandation personnalisée.
Si vous souhaitez relier ces questions à votre situation, commençons par une conversation.
Paul Constantinescu, Pl. Fin. Découvrez son approche et son parcours.

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