CELI, REER ou non enregistré : dans quel ordre retirer à la retraite?

À la retraite, une même dépense peut être financée par un CELI, un REER ou FERR, un compte non enregistré, une pension ou une combinaison de ces sources. Le choix change le revenu imposable de l’année, les prestations fondées sur le revenu, l’impôt futur et ce qui restera à la succession.
Il n’existe donc pas un ordre universel valable pour tout le monde. La bonne séquence est généralement un plan pluriannuel qui cherche un équilibre entre l’impôt aujourd’hui, l’impôt demain, la souplesse et les intentions de la personne ou du couple.
Commencer par le besoin net, pas par le compte
Je commence par chiffrer le revenu après impôt nécessaire pour vivre et financer les projets. Les dépenses de base, les voyages, l’aide aux enfants et les rénovations n’ont pas toujours le même horizon. Ensuite, j’ajoute les revenus déjà prévus, comme les régimes de retraite, le RRQ et la Sécurité de la vieillesse. Le manque à combler détermine les retraits à organiser.
Cette démarche prolonge le plan de décaissement qui transforme les placements en paie de retraite. Le retrait n’est pas une transaction isolée. Il fait partie d’un système qui doit soutenir la vie souhaitée malgré l’impôt, l’inflation et les marchés.
CELI : souple et non imposable au retrait
Un retrait d’un CELI n’est généralement pas imposable et n’ajoute pas de revenu à la déclaration. Il peut donc être utile pour financer une dépense ponctuelle sans faire monter le revenu imposable de l’année. Cette souplesse peut aussi aider à gérer certaines prestations ou certains crédits fondés sur le revenu.
L’Agence du revenu du Canada précise toutefois qu’un retrait n’ajoute pas immédiatement de nouveaux droits de cotisation. Le montant retiré est ajouté aux droits le 1er janvier de l’année civile suivante. Recotiser trop tôt peut donc créer une cotisation excédentaire.
Préserver le CELI le plus longtemps possible peut favoriser une croissance à l’abri de l’impôt et laisser un actif souple pour plus tard. Mais le vider en premier peut parfois réduire l’impôt immédiat. Ces deux intuitions peuvent être raisonnables selon les autres revenus et la trajectoire future.
REER et FERR : retraits imposables, mais planifiables
Les sommes retirées d’un REER ou versées par un FERR sont généralement incluses dans le revenu imposable. Un FERR doit aussi verser un minimum annuel à partir de l’année suivant sa constitution. Retarder tous les retraits enregistrés peut donc créer plus tard des retraits obligatoires élevés, surtout si le solde a beaucoup augmenté.
Selon l’ARC, les revenus demeurent exonérés d’impôt à l’intérieur du FERR, mais les montants reçus sont imposables. Notre article sur le retrait minimum du FERR explique pourquoi ce minimum fiscal n’est pas nécessairement le bon montant pour le budget.
Dans certaines situations, retirer volontairement une partie du REER pendant une année de revenu relativement faible peut lisser l’impôt sur plusieurs années. Dans d’autres, il vaut mieux conserver le report d’impôt. La comparaison doit tenir compte du taux marginal, des crédits, des prestations et des revenus du conjoint.
Compte non enregistré : chaque vente a son propre coût fiscal
Retirer de l’argent d’un compte non enregistré n’est pas automatiquement entièrement imposable. Une vente peut comprendre le remboursement du capital investi et un gain ou une perte. Les intérêts, les dividendes et les gains en capital ne sont pas traités de la même façon. Le prix de base rajusté et les pertes disponibles deviennent donc importants.
L’ARC regroupe ses règles et outils à la ligne 12700 sur les gains en capital imposables. Les règles ont changé au fil du temps et peuvent encore évoluer. Les montants précis et les opérations importantes devraient être validés avec un fiscaliste.
Pourquoi l’ordre peut changer d’une année à l’autre
Le revenu d’emploi ou de consultation peut disparaître progressivement.
Le RRQ ou la Sécurité de la vieillesse peut commencer plus tard.
Un FERR peut imposer un retrait minimum croissant.
Une dépense ponctuelle peut exiger beaucoup de liquidités sans devoir augmenter autant le revenu imposable.
Un gain en capital, une perte ou une dépense médicale peut modifier la situation fiscale.
Les objectifs successoraux et la santé peuvent changer.
Exemple hypothétique
Une retraitée de 64 ans possède un REER important, un CELI et un compte non enregistré. Elle n’a pas encore commencé ses rentes publiques et son revenu imposable est temporairement faible. Elle pourrait financer toute sa vie courante avec le CELI, mais cela conserverait un gros REER pour plus tard. Elle compare plutôt une combinaison : une vente planifiée dans le compte non enregistré, un retrait mesuré du REER et un complément du CELI. Le but n’est pas de minimiser l’impôt d’une seule année. Il est de réduire les écarts inutiles sur l’ensemble de la retraite tout en gardant une réserve souple.
Attention à la récupération de la Sécurité de la vieillesse
Lorsque le revenu net dépasse le seuil applicable, une partie de la Sécurité de la vieillesse peut devoir être remboursée. Un retrait enregistré important, une vente avec gain ou certains autres revenus peuvent donc avoir un coût combiné supérieur à l’impôt seul.
Les seuils sont indexés et doivent être vérifiés pour l’année concernée. Consultez notre article sur la récupération de la PSV en 2026 pour comprendre le mécanisme, sans transformer le seuil en plafond rigide de dépenses.
Un ordre de départ, puis des ajustements
Une méthode pratique consiste à projeter chaque année jusqu’à un âge avancé, puis à comparer plusieurs séquences. On peut mesurer le revenu net disponible, l’impôt, les prestations, les soldes de comptes et l’héritage potentiel. La séquence retenue devient un point de départ, révisé chaque année selon les marchés, les dépenses et les règles.
Établir le revenu net nécessaire et les dépenses ponctuelles.
Ajouter les revenus garantis et choisir leur date de début.
Projeter les retraits minimums futurs du FERR.
Comparer au moins deux ou trois combinaisons de retraits.
Conserver une réserve facilement accessible.
Réviser après un changement important de revenu, de santé ou de famille.
Le choix entre CELI et REER ne s’arrête pas au moment de cotiser. À la retraite, leur interaction peut servir la stabilité du revenu, la liberté de financer un projet et la tranquillité d’esprit.
L’objectif est une retraite vivable, pas un ordre parfait
Une stratégie qui économise un peu d’impôt mais complique chaque dépense n’est pas forcément meilleure. Le plan doit être compréhensible, administrable et assez souple pour absorber les changements. La fiscalité compte, mais elle demeure au service de la vie que l’argent doit soutenir.
Pour construire une séquence adaptée à votre situation et la coordonner avec votre fiscaliste, communiquez avec Financière 360.
Ce contenu est éducatif et général. Il ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou financier personnalisé. Les règles, seuils et résultats dépendent de l’année, de la province, des revenus, du conjoint, des placements et de la succession.
Paul Constantinescu, Pl. Fin., est président et cofondateur de Financière 360 à Laval. Il relie la planification du revenu de retraite aux projets, à la famille et à la liberté de choisir.

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